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      Reportage dans les communautés noires Premiers constats tirés de groupes de discussion avec des personnes noires consommatrices d’information dans quatre villes canadiennes

      Tome 5 numéro 1, Note de recherche
      Volume 5 Issue 1, Research note

      La professeure Eternity Martis (centre) et la professeure Nana aba Duncan (tout à droite) s’adressent à des participant·e·s, notamment le professeur Brian Daly (tout à gauche), après avoir présenté le projet Reportage dans les communautés noires à des étudiant·e·s et aux professeur·e·s de journalisme de l’Université de King’s, College à Halifax. Photo de Danielle Reid.
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      Reportage dans les communautés noires : Premiers constats tirés de groupes de discussion avec des personnes noires consommatrices d’information dans quatre villes canadiennes

      Eternity Martis et Nana aba Duncan

      Résumé

      La présente note de recherche fait état des résultats préliminaires de la phase 1 du projet Reportage dans les communautés noires. Ancrée dans l’approche « Black Emancipatory Action Research » (recherche-action émancipatrice des Noirs), une méthodologie et un cadre de recherche libératoires, la phase 1 a consisté en des groupes de discussion réunissant 39 personnes noires consommatrices d’information à Toronto, Halifax, Montréal et Edmonton afin de mieux comprendre leurs perceptions et leurs expériences de la couverture journalistique. Les observations dans la présente note montrent que les personnes noires qui consomment l’information : 1) continuent, dans une large mesure, de voir des stéréotypes visant les personnes noires dans le journalisme canadien; 2) constatent toujours un manque de diversité dans la couverture des communautés noires, souvent réduite à des récits négatifs axés sur le crime et des récits inspirants d’exceptionnalisme; 3) n’ont pas observé de changements durables dans les pratiques de couverture depuis le « tournant racial » de 2020; et 4) subissent des répercussions sociales, économiques, communautaires et sur la santé attribuables à la couverture des communautés noires par les journalistes. Ces résultats préliminaires serviront à l’élaboration d’une ressource fondée sur des données probantes et éclairée par les communautés, afin d’améliorer et d’orienter la couverture des communautés noires et, ce faisant, d’atténuer les préjudices et la méfiance que l’industrie du journalisme au Canada a contribué à perpétuer.

      Mots clés : médias antiracistes, médias anti-Noirs, race, racisme, éducation, journalisme, journalisme tenant compte des traumatismes, journalisme canadien

      Reporting in Black Communities: Early Findings from Focus Groups with Black News Consumers in Four Canadian Cities

      Abstract

      This research note discusses the early findings of Phase 1 of the Reporting in Black Communities project. Situated in the Black Emancipatory Action Research approach, a liberation methodology and framework, Phase 1 consisted of focus groups with 39 Black news consumers across Toronto, Halifax, Montreal, and Edmonton to understand their perceptions and experiences with journalistic coverage. This note shares findings demonstrating that Black news consumers (1) overwhelmingly still see stereotypes of Black people in Canadian journalism, (2) continue to see a lack of diversity in coverage of Black communities, summarized as “bad or best” stories about crime or exceptionalism, (3) have not seen lasting changes in reporting following the “racial reckoning” of 2020, and (4) have experienced social, economic, community and health impacts as a result of journalists’ coverage of Black communities. This research note describes preliminary findings, which will inform the creation of an evidence-based, community-informed resource to improve and inform reporting on Black communities, subsequently mitigating the harm and mistrust the Canadian journalism industry has perpetuated.

      Keywords: anti-racist media, anti-Black media, race, racism, education, journalism, trauma-informed journalism, Canadian journalism

      NOTE DE RECHERCHE | RESEARCH NOTE


      Reportage dans les communautés noires : Premiers constats tirés de groupes de discussion avec des personnes noires consommatrices d’information dans quatre villes canadiennes

      Eternity Martis et Nana aba Duncan

       

      INTRODUCTION

      En 2020, à la suite du meurtre de George Floyd par Derek Chauvin, un policier blanc de Minneapolis, des journalistes canadiens et leurs homologues américains ont annoncé publiquement le début d’un « tournant racial » dans le journalisme (Chang et coll., 2020; Chavez, 2020; Clark, 2022; Soon-Shiong, 2020). Des journalistes racialisés et non racialisés ont publiquement dénoncé le manque de soutien aux journalistes noirs dans les salles de rédaction (Bennett, 2020; Johnson, 2020; Lapointe, 2020; Mattar, 2020; Newman-Bremang, 2020), ainsi que l’absence de récits plus justes et plus représentatifs des communautés noires. Le fait de présenter ce « tournant racial » comme un nouveau mouvement contre le racisme anti-Noirs a été critiqué par des journalistes, des militant·e·s, des défenseur·e·s des droits et des universitaires noirs (Blake, 2021; Levine, 2021; Moliere, 2021; Norris, 2020), compte tenu du combat de plusieurs décennies mené par les journalistes noirs pour transformer les récits dominants, ainsi que de l’existence, dès le XIXe siècle, de journaux abolitionnistes qui ont contribué à modifier la perception du public à l’égard des personnes noires (Harewood, 2025; Nittle, 2025).

      La  couverture  des  communautés  noires au Canada a été, historiquement et de façon écrasante, négative et centrée sur la criminalité, le sport ou le divertissement (Wortley et coll., 1997; Henry et Tator, 2000). Ses effets contribuent à la discrimination envers les personnes noires (Martis, 2021); au stress et aux traumatismes lorsque sont diffusées des nouvelles sur des incidents racistes causant des blessures ou la mort (Curtis et coll., 2021; Monk, 2020); au fait d’être écartées de possibilités d’emploi (The Opportunity Agenda, 2011); à la perception que les personnes noires sont intrinsèquement criminelles (Kumi, 2005; Color of Change, 2015); ou qu’elles méritent des peines plus sévères (Johnson, 1985); ainsi qu’à une surveillance accrue par les civil·e·s et la police (Wortley et coll., 1997)11. Le Canada a produit considérablement moins de recherche sur les effets des médias d’information sur les communautés noires comparativement aux États-Unis. Combinés, ces deux ensembles d’études académiques démontrent les effets néfastes de la couverture journalistique sur les communautés noires.. La couverture journalistique perpétue et aggrave les biais chez les personnes qui consomment l’information au quotidien et influe sur la participation des personnes noires à la société canadienne (Henry et Tator, 2000; Martis, 2021).

      Certains efforts pour s’attaquer au racisme anti-Noirs dans le journalisme ont été déployés au cours des cinq années ayant suivi le meurtre de George Floyd. Certaines salles de rédaction ont embauché davantage de journalistes noirs et organisé des formations sur la diversité, en plus de collaborer à la création de bourses de perfectionnement et d’études pour les journalistes et étudiant·e·s noir·e·s (CBC, 2020; Centennial College, 2021). Des comités consultatifs ont été mis sur pied pour recueillir les commentaires des communautés noires (CBC, 2023), et de nouveaux cours ont été ajoutés dans des écoles de journalisme au Canada, conçus et donnés par des journalistes noirs, dont nous-mêmes, à l’Université métropolitaine de Toronto et à l’Université Carleton. Malgré tout, l’engagement du journalisme canadien envers l’équité, la diversité et l’inclusion demeure insuffisant. Selon le sondage sur la diversité réalisé par l’Assiciation canadienne des journalistes (2024), 3,9 % des journalistes occupant des postes à temps plein sans rôle de supervision étaient noirs. Soixante-six pour cent des médias ayant participé au sondage n’emploient toujours aucun journaliste noir. Par ailleurs, 74 % des journalistes étaient blancs, une proportion supérieure à celle de la population nationale, qui est de 68,8 % (Association canadienne des journalistes [ACJ], 2024). Même s’il n’existe actuellement aucune étude canadienne équivalente, le Pew Research Center indique que 63 % des adultes noirs estiment que les nouvelles qui portent sur les personnes noires sont encore plus négatives que celles visant d’autres groupes raciaux, et 43 % affirment que la couverture repose encore sur des stéréotypes envers les personnes noires (2023).

      C’est dans ce contexte que nous avons élaboré le projet Reportage dans les communautés noires, qui vise à créer un guide bilingue (français et anglais) fondé sur des données probantes et éclairé par les communautés noires, ainsi qu’un site Web et des ressources destinés aux journalistes22. Aux fins de notre étude et projet, le terme « journaliste » s’entend des reporters, éditeurs, photographes, vidéastes, producteurs, chasseurs de nouvelles, rédacteurs, présentateurs et de toute personne œuvrant dans le travail éditorial des industries de la diffusion, de la télévision, du numérique, de l’imprimé et de l’actualité., aux étudiant·e·s et aux enseignant·e·s en journalisme afin de soutenir une couverture des communautés noires au Canada qui soit exacte, respectueuse et équitable. À partir des constats et des perspectives tirés de discussions avec des personnes noires consommatrices d’information, des journalistes et des cadres de salles de rédaction33. « Cadre de salle de rédaction » s’entend de toute personne qui dirige une équipe et qui prend des décisions éditoriales., nous souhaitons créer un guide et des ressources sur les pratiques journalistiques pour renforcer la préparation et la confiance des journalistes lorsqu’ils et elles couvrent les communautés noires. À terme, cela pourrait contribuer à transformer les perceptions des communautés noires, à améliorer la qualité de vie de leurs membres et, par conséquent, à instaurer un climat de confiance ainsi qu’un engagement accru des personnes noires qui consomment l’information.

      Notre recherche s’est déroulée en deux phases : 1) des groupes de discussion avec des personnes noires consommatrices d’information4 4. La sélection des participant•e•s s’est faite à Toronto, Montréal, Edmonton, et Halifax. afin de comprendre comment elles perçoivent la nature de la couverture négative visant leurs communautés et les effets de cette couverture55. Nous définissions l’« information », les « nouvelles », la « couverture médiatique » et les « médias d’information » comme tout média journalistique. Cela comprend les journaux, les revues, les baladodiffusions et les nouvelles en ligne. Nous définissons la « couverture » et les « reportages » comme tout contenu journalistique ou éditorial. Cela comprend, sans s’y limiter, les reportages, les interviews, la rédaction, la correction et la vérification des faits., et 2) des entrevues avec des journalistes et des cadres de salles de rédaction non noirs afin de comprendre dans quelle mesure ils et elles se sentent prêt·e·s à couvrir les communautés noires66. Nous avons interviewé des journalistes et cadres de salle de nouvelle non-noirs provenant des mêmes villes visées par l’étude..

      La présente note de recherche porte sur l’approche, la méthodologie et les résultats préliminaires de la phase 1.

      MÉTHODOLOGIE

      Cadre théorique

      Notre cadre théorique s’appuie sur la théorie critique de la race (TCR) et se centre sur la Black Emancicaptory Action Research (BEAR, recherche-action émancipatrice des Noirs), une méthodologie et un cadre de recherche libératoires qui mobilisent plusieurs approches et théories, notamment la Critical Race Theory, les études féministes, la recherche-action participative et l’afrocentricité critique. Proposé par le chercheur Antwi Akom (2011), le cadre BEAR intègre une théorie de la racialisation structurelle aux méthodes ethnographiques et de recherche-action participative, en mettant l’accent sur l’importance du pouvoir d’agir collaboratif et communautaire et en soulignant que la recherche « libératoire » repose sur le dialogue, l’interconnexion des expériences  personnelles et une analyse coopérative des solutions possibles (Akom, 2011, p. 123-124). Le TCR et la BEAR ont guidé nos pratiques de recrutement et la conception des groupes de discussion.

      En nous appuyant sur la TCR et le cadre BEAR, nous reconnaissons que le racisme est perpétué à la fois par les individus et par les systèmes et structures (Akom, 2011; Delgado & Stefancic, 2023). La TCR met en lumière l’importance des contre-récits pour remettre en question les mythes et les récits dominants, et encourage un recentrage explicite sur la race comme condition d’une plus grande équité (Delgado & Stefancic, 2023). Cela appuie notre choix de tenir des discussions avec des personnes noires dans le cadre de groupes de discussion, ainsi que notre objectif de créer un guide ciblé qui répond à leurs besoins.

      Recrutement

      Ce projet de recherche a été approuvé par les comités d’éthique de la recherche de l’Université métropolitaine de Toronto (REB 2024-389) et de l’Université Carleton (no 121452). Nous avons tenu des groupes de discussion77. Les séances ont compris des sondages informels par main levée. avec des personnes noires consommatrices d’information dans quatre villes aux histoires et aux caractéristiques distinctes : 1) Edmonton, en Alberta, qui compte la plus grande population somalienne-canadienne à l’extérieur du sud de l’Ontario; 2) Halifax, en Nouvelle-Écosse, où vit depuis longtemps une importante population noire historique au Canada; 3) Toronto, en Ontario, qui regroupe la plus grande population noire urbaine au pays; et 4) Montréal, au Québec, qui abrite la plus grande population noire francophone au Canada. Nous visions de huit à 10 participant·e·s par ville.

      Notre équipe a dressé une liste de quelque 130 organisations communautaires et établissements postsecondaires. Nous avons conçu des cartes de recrutement bilingues pour distribution en personne et avons écrit aux personnes-ressources pour leur demander de les partager ou de les afficher. Des comptes X et Instagram ont été créés pour le projet afin de diffuser des messages de recrutement dans nos réseaux personnels et sur LinkedIn. L’ensemble des communications dirigeaient les personnes intéressées vers un site Web de recrutement contenant de l’information sur le projet et les critères d’admissibilité. Les personnes qui répondaient à ces critères pouvaient manifester leur intérêt en remplissant un questionnaire de présélection Qualtrics.

      Conception des groupes de discussion

      Plus de 150 personnes ont manifesté leur intérêt à participer aux groupes de discussion. Nous avons sélectionné les participant·e·s en fonction des critères d’admissibilité, puis leur avons envoyé des lettres d’invitation par courriel. Les personnes qui confirmaient leur présence recevaient ensuite des instructions supplémentaires et un formulaire de consentement. Au total, 39 participant·e·s ont pris part aux groupes de discussion dans l’ensemble des villes.

      Tous  les  participant·e·s  étaient  noir·e·s et représentaient un éventail d’origines ethniques ou culturelles, la plupart s’identifiant comme Caribéen·ne, Ouest-Africain·e ou Canadien·ne. Plus de la moitié étaient âgé·e·s de 23 à 35 ans88. Ces données démographiques mettent en contexte les expériences et perspectives des participant•e•s, mais elles n’ont pas nécessairement de valeur de représentativité statistique ni ne peuvent donner lieu à une généralisation à l’ensemble des communautés noires du Canada.. La plupart consomment l’information en ligne ou par l’entremise des médias sociaux, CBC étant le média le plus souvent mentionné, suivi de CTV et de Global News. L’échantillon comprenait notamment des prestataires de soins de santé, des artistes, des travailleur·euse·s sociaux, des journalistes, des professionnel·le·s de la santé mentale, desétudiant·e·s, descourtièresetcourtiers immobiliers, des leaders communautaires, des professeur·e·s, des athlètes et d’autres encore.

      Compte tenu de notre objectif d’avoir de huit à 10 participant·e·s par ville, nous avons divisé chaque groupe en deux, sur deux jours consécutifs, afin de laisser plus de temps pour la discussion. Lorsque c’était possible, nous avons formé un sous-groupe de personnes de moins de 35 ans et un autre de personnes de 35 ans et plus, sachant que les jeunes sont plus susceptibles de consommer l’information sur les médias sociaux (The Media Insight Project, 2022; Kaiser & Partners, Inc., 2020). Conformément au cadre BEAR, nous avons créé un environnement culturellement valorisant en faisant appel à des services de traiteur fournis par des restaurants appartenant à des personnes noires, en exposant un tissu kente ghanéen et en faisant jouer du reggae, du jazz, de l’afrobeats et de la soul lors de l’accueil et des pauses. Pour éviter tout sentiment de hiérarchie et favoriser l’équité, nous avons disposé les tables en cercle et nous nous sommes assises parmi les participant·e·s plutôt qu’à part. À la fin de chaque groupe de discussion, les participant·e·s se voyaient remettre des stylos et un formulaire de rétroaction anonyme (Annexe A), lequel comportait trois questions d’opinion sur l’approche adoptée dans les groupes. Les participant·e·s ont par la suite reçu 50 $ en argent comptant.

      Nous avons élaboré un ensemble de 10 questions assorties de plusieurs relances (Annexe B), en fonction des objectifs de l’étude. L’analyse des groupes de discussion reposait sur un codage thématique aligné sur ces questions. Six grands thèmes se sont dégagés : 1) le rapport à l’information; 2) les perceptions de l’identité et de la culture noires dans les médias d’information; 3) les effets de la couverture médiatique; 4) les perceptions des changements dans la couverture médiatique depuis le meurtre de George Floyd; 5) les expériences avec les journalistes; et 6) les effets d’une couverture médiatique plus équitable. L’étude étant toujours en cours, la présente note de recherche porte sur les premiers constats liés aux thèmes 2 à 5.

      CONSTATS

      Perceptions de l’identité et de la culture noires dans les médias d’information

      Stéréotypes dans les médias d’information canadiens

      Vingt-huit des 39 participant·e·s (72 %) estimaient que les personnes noires ne faisaient pas l’objet d’une couverture juste dans les médias d’information. Tous et toutes ont néanmoins relevé des stéréotypes dans la couverture des communautés noires, en utilisant, pour les décrire, des termes comme « criminel·le », « trafiquant·e de  drogue »,  « paresseux·se »,  « dangereux·se », « agressif·ve », « violent·e », « bruyant·e », « peu fiable »,  « hypersexualisé·e »,  « inhumain·e »  et « peu intelligent·e ».

      Récits positifs et récits négatifs

      Lorsqu’on leur a demandé dans quels types de récits médiatiques ils et elles voyaient des personnes noires, les réponses des participant·e·s se répartissaient dans les catégories suivantes : criminalité, sport et divertissement, violence et conflits raciaux.

      « Il y a des récits positifs, mais ils ne vont pas souvent au fond des choses, par exemple sur les effets du profilage racial sur les familles ou sur les conséquences psychologiques du racisme. » (participant·e d’Edmonton A)

      Les participant·e·s ont indiqué que cette surreprésentation de récits négatifs avait pour effet d’occulter les contributions, les réussites, la diversité et la résilience des communautés noires.

      « Les quartiers noirs ne sont mis de l’avant que lorsqu’il est question de criminalité.…On ne reconnaît pas l’organisation communautaire ni la préservation culturelle.…Il manque un volet essentiel pour humaniser les communautés noires. » (participant·e de Toronto A)

      Nombre de participant·e·s avaient l’impression que, lorsque les récits étaient positifs, ils mettaient surtout l’accent sur l’exceptionnalisme plutôt que sur les réussites du quotidien. Ils et elles ont exprimé le désir de voir davantage d’histoires « du quotidien ». D’autres ont proposé plus de contenus montrant des personnes noires dans une diversité de professions, des textes de service expliquant comment accéder à des ressources ou à de l’information liée aux enjeux vécus par les personnes noires, ainsi que des récits sur les contributions des personnes noires à la société.

      Effets de la couverture médiatique

      Effet sur l’accès à la société

      Presque tous les participant·e·s ont indiqué que la représentation unidimensionnelle des personnes noires, en particulier comme personnes criminelles, avait eu des effets négatifs sur leur vie d’une manière ou d’une autre, que ce soit lorsqu’ils et elles cherchaient un logement, un emploi, de la formation ou des soins de santé; lorsqu’ils et elles tentaient d’accéder à des services sociaux; lorsqu’ils et elles fréquentaient des espaces publics; dans leurs relations, amicales ou amoureuses; dans leurs rapports aux médias d’information; ou encore sur leur santé mentale.

      « Chaque fois que je dois trouver un endroit où vivre, j’ai l’impression que c’est une mission impossible.…Chaque fois que des personnes noires apparaissent dans les nouvelles, on les criminalise, et ça renforce les biais et les préjugés déjà présents. » (participant·e de Toronto B)

      Plusieurs ont mentionné que la couverture médiatique avait aussi modifié leur perception de leurs propres communautés, allant jusqu’à les rendre craintif·ve·s à l’égard de certains quartiers noirs en raison de la façon dont ils étaient présentés dans les médias. Même s’il leur était difficile de mesurer précisément l’ampleur de ces effets, les participant·e·s ont parlé de l’« effet de ruissellement » par lequel les médias contribuent à perpétueretàvaliderlesbiaisprésentsdanslasociété.

      « On finit par croire…qu’on n’est pas aussi bon·ne…qu’on n’a pas sa place. » (participant·e d’Edmonton B)

      Perceptions des changements dans la couverture médiatique depuis le meurtre de George Floyd

      Le « tournant racial » du journalisme en 2020

      La plupart des participant·e·s ont observé des changements positifs dans la couverture du racisme anti-Noirs, de la brutalité policière et des enjeux touchant les personnes noires par les médias d’information à la suite du meurtre de George Floyd. Toutefois, presque tous et toutes ont noté que ces changements ne s’étaient pas traduits par des transformations durables et significatives.

      « J’ai un peu l’impression que c’était surtout pour la forme, parce que je ne vois plus vraiment ces histoires-là maintenant, et je ne sais pas si ça a vraiment produit des changements à long terme. » (participant·e de Toronto C)

      « Je n’ai pas vu de grande différence dans la couverture médiatique.…Mais je pense que, sur le plan systémique, dans les salles de rédaction, ils et elles voulaient donner l’image : “On embauche une personne responsible de l’EDI. On crée une équipe noire.”…Mais c’étaient des projets pilotes qui n’ont pas duré, parce qu’il n’y avait pas de réelle volonté de mettre les changements en œuvre. » (participant·e de Halifax A)

      Expériences avec les journalistes

      Faire l’objet d’entrevues journalistiques

      Soixante-quatre pour cent (64,1 %) des participant·e·s avaient déjà été interviewé·e·s par des journalistes. Soixante pour cent (60 %) ont décrit cette expérience comme positive, 32 % comme négative et 8 % étaient incertain·e·s ou n’avaient pas de réponse. Les participant·e·s disaient que l’expérience était positive lorsque la personne journaliste était préparée et bien informée; présentait une demande claire; posait des questions appropriées; se montrait bienveillante et empathique; faisait un suivi après l’entrevue; invitait la personne interviewée à la contacter en cas de questions ou de préoccupations; citait fidèlement la personne; représentait son histoire de façon juste; ou encore lorsque la journaliste ou le journaliste était noir·e. La plupart disaient éprouver davantage de confiance, de confort et de proximité envers les journalistes noirs, en raison d’une expérience commune du racisme anti-Noirs.

      Les expériences négatives comprenaient des situations où l’on posait des questions intrusives et racistes, ou encore des questions en ondes que la personne participante avait expressément demandé de ne pas aborder, ainsi que des demandes de commentaires censés représenter l’ensemble de la communauté noire. Plusieurs participant·e·s craignaient que leur histoire soit mal représentée ou hésitaient d’emblée à participer à l’entrevue. Il est à noter que de nombreuses personnes ayant vécu une expérience positive avaient été interviewées pour des sujets légers ou

      « de remplissage » ou connaissaient la journaliste ou le journaliste99. À Halifax, la majorité des participant•e•s ont indiqué avoir été interviewé•e•s, et presque tous et toutes par la même personne. Compte tenu de l’historique et de la petite taille de la communauté dans cette ville, les participant•e•s ont fait valoir qu’il y a peu de journalistes noir•e•s chevronné•e•s, et qu’il est donc courant d’être approché•e par les mêmes journalistes..

      « Ils ont fait beaucoup de préparation avec moi. Ils m’ont interviewé·e deux ou trois fois avant.…Ils avaient fait vraiment de bonnes recherches. » (participant·e de Toronto D)

      « J’ai été interviewée en 2019, quand mon fils a été assassiné. La raison pour laquelle j’ai accepté, c’est que si je ne le faisais pas, on n’aurait pas raconté son histoire de mon point de vue.…J’ai décidé que, s’il devait y avoir des reportages sur sa vie, ils viendraient de sa mère. » (participante de Halifax B)

      La confiance envers les journalistes

      À la question de savoir s’ils etelles faisaient confiance aux journalistes, 43,6 % des participant·e·s ont répondu « incertain·e », 30,8 % « oui » et 25,6 % « non ». Les personnes qui se disaient incertaines reconnaissaient le rôle fondamental du journalisme dans la société, tout en exprimant des préoccupations quant au comportement, à l’éthique et à la conduite des journalistes. Elles se disaient également inquiètes des visées et des biais des journalistes et des organisations médiatiques.

      « Je devrais faire confiance aux journalistes parce que j’en suis un·e et je veux que les gens me fassent confiance. Mais je sais que, pour y arriver, je dois toujours démontrer que je suis différent·e des autres journalistes auxquels les gens sont habitués. Je dois faire ce travail supplémentaire, parce qu’ils et elles ont une perception fondée de ce que font les journalistes. » (participant·e de Halifax C)

      Les personnes qui ont répondu « oui » insistaient sur le caractère essentiel des journalistes dans une société démocratique, particulièrement dans un contexte de forte polarisation, et disaient faire confiance à leur rôle consistant à dire la vérité, informer et éduquer.

      « Nous n’avons pas vraiment le choix, parce que les médias représentent l’un des derniers garde-fous de la vie démocratique et que, sans médias libres, on peut très facilement glisser vers un régime autoritaire. » (participant·e de Montréal A)

      DISCUSSION

      Les communautés noires au Canada continuent d’être profondément touchées, physiquement, socialement, mentalement et sur le plan communautaire, par la couverture médiatique. Fait préoccupant, nous avons constaté les effets profonds et quotidiens qu’une couverture négative a sur le sentiment d’identité, d’appartenance et su la santé mentale des participant·e·s.

      À l’instar des personnes noires aux États-Unis (Pew Research Center, 2023), les personnes noires au Canada continuent de voir majoritairement une couverture négative de leurs communautés et estiment que les journalistes ont besoin d’une meilleure formation sur les enjeux que vivent les personnes noires. Dans un sondage mené auprès de personnes noires résidant dans la région du Grand Toronto, environ les deux tiers des participant·e·s jugeaient que les personnes noires n’étaient pas suffisamment représentées dans les médias grand public, et que la couverture existante était principalement négative (The Black Experience Project, 2017). Cela montre que, même si l’industrie journalistique a amélioré sa couverture des communautés noires, les changements ne sont ni assez vastes ni assez substantiels pour les personnes noires qui consomment l’information.

      De façon révélatrice, les participant·e·s noir·e·s décrivaient la manière dont leur communauté continue d’être représentée dans les domaines de la criminalité, du sport et du divertissement, les mêmes secteurs mis en évidence il y a près de 30 ans dans la recherche (Wortley et coll., 1997; Henry et Tator, 2000). Les participant·e·s qui disaient observer une plus grande couverture des communautés noires affirmaient la voir surtout à certains moments de l’année liés à des événements touchant les personnes noires, comme le Mois de l’histoire des Noirs ou la saison du carnaval, ou encore lorsque des cas de brutalité policière deviennent viraux. Cela montre que les récits médiatiques sur les communautés noires demeurent réactifs et assujettis au « cycle de l’attention médiatique » (Downs, 1972, p. 38).

      Certain·e·s participant·e·s ont expliqué comment la couverture négative des personnes noires influe sur leurs rapports avec leurs propres communautés et leur engagement envers celles-ci. Nous avons observé un malaise dans les groupes lorsque nous avons demandé aux participant·e·s de pousser plus loin cette réflexion. Cela donne à penser que des personnes noires peuvent, sans le vouloir, perpétuer des biais à l’égard de leur propre communauté en raison d’une exposition constante à une couverture médiatique négative.

      Contrairement à ce que l’a revendiqué l’industrie journalistique, le « tournant racial » de 2020 n’a pas eu d’effet durable qui a rejoint les communautés noires et les récits qu’elles souhaitent voir (voir aussi Tameez, 2025). Combiné au déséquilibre de la composition raciale des salles de rédaction au Canada (ACJ, 2024), ce constat laisse entendre que l’industrie ne dispose peut-être pas des outils ni de la formation nécessaires pour apporter des changements proactifs et durables à ses pratiques et à sa couverture journalistiques.

      Étant donné que les salles de rédaction représentent rarement la diversité des communautés multiculturelles qu’elles couvrent, le journalisme éclairé par les communautés pourrait constituer un élément déterminant pour instaurer des changements à long terme. Selon ce cadre, le journalisme doit être ancré dans les besoins des communautés, grâce à une approche fondée sur l’« écoute attentive, la collaboration et le développement des relations » avec les communautés qu’il sert (Radcliffe et coll., 2023, p. 4). Une approche « ascendante » — qui consiste à collaborer avec les communautés pour créer de nouvelles rubriques, de nouveaux produits et de nouveaux récits (Radcliffe et coll., 2023, p. 6)— pourrait contribuer à rétablir la confiance, à renforcer la participation des communautés et à réduire les torts causés aux communautés noires. Quelques salles de rédaction ont adopté cette approche par l’entremise de comités consultatifs, comme CBC Nova Scotia (CBC, 2023).

      La diversité des identités des participant·e·s montre qu’il n’existe pas de solution unique pour améliorer la couverture journalistique des communautés noires. Il faut tenir compte de l’intersectionnalité, de l’immigration, de la géographie et de l’héritage de l’esclavage. Par exemple, les participant·e·s afro-néoécossais·es n’ont pas le même rapport à l’esclavage et au racisme que d’autres participant·e·s noir·e·s. Les personnes noires caribéennes de Toronto vivent le racisme anti-Noirs différemment des personnes somaliennes à Edmonton. Comparativement aux personnes nées au Canada, les personnes nouvellement arrivées étaient moins susceptibles de percevoir les mêmes stéréotypes dans les médias d’information.

      Dans chaque groupe de discussion, nous avons constaté chez les participant·e·s de la gratitude pour la possibilité de parler des effets des médias d’information,  ainsi  qu’une  attente  positive à l’égard du projet et de ses résultats. Dans le sondage de rétroaction anonyme mené après les groupes de discussion, une personne participante d’Edmonton a écrit : « J’ai été très satisfait·e de l’approche, j’ai eu l’impression qu’on me posait les bonnes questions et cela m’a amené·e à réfléchir à la façon dont les personnes noires sont représentées dans les médias. » Cet intérêt montre que, malgré des décennies de préjudices causés par l’industrie du journalisme, les participant·e·s demeurent optimistes quant à la possibilité de rendre le journalisme canadien plus équitable et sont disposé·e·s à participer au processus pour y parvenir. Il montre aussi que les participant·e·s sont enthousiastes à l’idée de collaborer avec les salles de rédaction dans une approche centrée sur les communautés (Nelson et coll., 2024; Radcliffe, 2023).

      LIMITES

      Le paysage des communautés noires au Canada est vaste et intersectionnel. L’âge, le genre, les habitudes de consommation de l’information, l’orientation sexuelle, la langue maternelle, la religion, l’origine ethnique et la nationalité ont tous influé sur la façon dont chaque participant·e a répondu aux questions. Si nous reconnaissons que l’intersectionnalité crée un système d’oppressions imbriquées au sein duquel chaque participant·e évolue (Crenshaw, 1991), nous n’avons toutefois pas appliqué concrètement cette perspective à toutes les étapes de la conception de l’étude. Par exemple, nous avons encouragé les participant·e·s à indiquer leur genre durant les discussions de groupe, mais nous ne l’exigions pas dans le questionnaire de présélection. Nous ne pouvons donc pas analyser nos résultats à travers cette lentille critique.

      Une autre limite tient au caractère principalement numérique du projet. Plusieurs participant·e·s ont indiqué avoir de la difficulté à communiquer et à remplir le formulaire de consentement par courriel, par manque d’aisance avec l’utilisation d’Internet. Dans ces cas, nous avons joint les personnes par téléphone ou les avons aidées en personne lors des groupes de discussion.

      Enfin, comme nous sommes des universitaires et des journalistes visibles dans l’espace public qui avons fait appel à nos réseaux professionnels et à des organisations communautaires locales pour nous aider dans le recrutement, il est possible que l’étude ait attiré des participant·e·s qui se sont auto-sélectionné·e·s en raison de leur intérêt personnel ou professionnel pour le sujet.

      PROCHAINES ÉTAPES ET CONCLUSION

      Les constats de la phase 1 réitèrent l’importance de la collaboration avec les communautés noires afin de comprendre les façons complexes et multiples dont les pratiques journalistiques portent atteinte à une communauté déjà marginalisée et, par conséquent, de développer une couverture efficace, exacte et équitable. À ce titre, le projet Reportage dans les communautés noires s’appuiera sur les discussions issues de la phase 1 pour orienter le guide et les ressources de reportage que nous créons à l’intention des journalistes, des étudiant·e·s en journalisme et des enseignant·e·s.

      Nous sommes en train de terminer l’analyse des discussions menées dans les deux phases. L’équipe de recherche procédera ensuite comme suit : 1) rédiger un rapport de constats et de recommandations ; 2) transmettre ce rapport aux participant·e·s et aux parties prenantes afin de recueillir leurs commentaires et leurs conseils sur le guide ; et 3) intégrer la rétroaction et produire le guide, le site Web et les ressources.

      Alors que les États-Unis, et leur influence sur le Canada, font reculer les progrès réalisés en matière de diversité, d’équité, d’inclusion et de race, le projet Reportage dans les communautés noires fournira aux journalistes ces outils complets, éclairés par les communautés, afin de favoriser des changements systémiques et durables qui renforceront et formeront des générations de journalistes et de membres des communautés noires.

      Notes de fin

      1. Le Canada a produit considérablement moins de recherche sur les effets des médias d’information sur les communautés noires
      comparativement aux États-Unis. Combinés, ces deux ensembles d’études académiques démontrent les effets néfastes de la couverture journalistique sur les communautés noires.
      2. Aux fins de notre étude et projet, le terme « journaliste » s’entend des reporters, éditeurs, photographes, vidéastes, producteurs, chasseurs de nouvelles, rédacteurs, présentateurs et de toute personne œuvrant dans le travail éditorial des industries de la diffusion, de
      la télévision, du numérique, de l’imprimé et de l’actualité.
      3. « Cadre de salle de rédaction » s’entend de toute personne qui dirige une équipe et qui prend des décisions éditoriales.
      4. La sélection des participant•e•s s’est faite à Toronto, Montréal, Edmonton, et Halifax.
      5. Nous définissions l’« information », les « nouvelles », la « couverture médiatique » et les « médias d’information » comme tout média journalistique. Cela comprend les journaux, les revues, les baladodiffusions et les nouvelles en ligne. Nous définissons la « couverture » et les « reportages » comme tout contenu journalistique ou éditorial. Cela comprend, sans s’y limiter, les reportages, les interviews, la rédaction, la correction et la vérification des faits.
      6. Nous avons interviewé des journalistes et cadres de salle de nouvelle non-noirs provenant des mêmes villes visées par l’étude.
      7. Les séances ont compris des sondages informels par main levée.
      8. Ces données démographiques mettent en contexte les expériences et perspectives des participant•e•s, mais elles n’ont pas nécessairement de valeur de représentativité statistique ni ne peuvent donner lieu à une généralisation à l’ensemble des communautés noires du Canada.
      9. À Halifax, la majorité des participant•e•s ont indiqué avoir été interviewé•e•s, et presque tous et toutes par la même personne. Compte tenu de l’historique et de la petite taille de la communauté dans cette ville, les participant•e•s ont fait valoir qu’il y a peu de journalistes noir•e•s chevronné•e•s, et qu’il est donc courant d’être approché•e par les mêmes journalistes.


      Remerciements

      Nous tenons à exprimer toute notre gratitude à nos assistantes de recherche, Jisele Bayley-Hay, Danielle Reid et Eunice Oladejo, pour leur contribution. Nous souhaitons également remercier nos analystes de recherche : Krischanda Bemister, doctorante financée par une bourse Vanier du CRSH au programme de science de la psychologie, avec une spécialisation en psychologie du développement, à l’Université métropolitaine de Toronto; ainsi que Hannah Tran, doctorante en psychologie sociale et de la personnalité à l’Université York.


      Eternity Martis est professeure adjointe et la première professeure titulaire noire à l’école de journalisme de l’Université métropolitaine de Toronto. Elle a conçu le cours « Reporting on Race: The Black Community in the Media », premier cours de journalisme au Canada consacré à la couverture des communautés noires et source d’inspiration du projet Reportage dans les communautés noires. Journaliste et éditrice primée, elle est aussi l’autrice du récit autobiographique à succès They Said This Would Be Fun.

      Nana aba Duncan est professeure agrégée, première titulaire de la Chaire Carty en journalisme, diversité et études de l’inclusion, et la première professeure titulaire noire à l’école de journalisme et de communication de l’Université Carleton. Elle a fondé le Mary Ann Shadd Cary Centre for Journalism and Belonging, un centre de recherche qui fait la promotion d’un journalisme inclusif au Canada. Cofondatrice de Media Girlfriends, une société de production dirigée par des journalistes de couleur, elle a auparavant passé 15 ans comme animatrice et productrice à la radio de CBC.


      RÉFÉRENCES

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      ANNEXE A : QUESTION DE RÉTROACTION AUX GROUPES DE DISCUSSION

      1. Quels éléments manquaient aux discussions tenues aujourd’hui?
      2. Quelle est votre impression de la façon dont nous avons mené le groupe de discussion?
      3. Quel est, selon vous, un élément qui devrait absolument figurer dans la ressource Reportage dans les communautés noires afin d’atténuer les préjudices subis par les communautés noires au Canada? Veuillez donner des précisions, si possible.

      ANNEXE B : QUESTIONS POUR LES GROUPES DE DISCUSSION

      (A) Rapport à l’information
      1. Quel est votre rapport à l’information en ce moment?
      (B) Perceptions de l’identité et de la culture noires dans les médias d’information
      2. Quelle est votre impression de la façon dont les personnes noires sont couvertes dans les médias d’information?
      a. À main levée seulement, croyez-vous que les personnes noires sont représentées de façon juste dans les médias d’information?
      3. Quand vous voyez des reportages sur des personnes noires dans les médias d’information, de quoi parlent-ils généralement?
      a. Quels types de récits aimeriez-vous voir?
      4. Voyez-vous des stéréotypes à propos des personnes noires dans les médias d’information?
      a. En un ou deux mots, quels sont ces stéréotypes?
      (C) Effets de la couverture médiatique
      5. Nous allons vous poser une série de questions pour savoir si les médias d’information influencent votre vie d’une quelconque manière, dans le passé ou le présent. Pensez à la façon dont l’information, et les stéréotypes possibles, s’infiltrent dans nos vies, nos valeurs et nos croyances et influent sur la manière dont nous interagissons avec les autres et dont les autres interagissent avec nous.
      a. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, votre capacité à chercher un emploi ou un logement?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      b. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, vos interactions sociales dans la vie de tous les jours?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      c. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, votre capacité à fréquenter des espaces publics?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      d. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, vos relations (tant amoureuses qu’amicales)?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      e. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, votre capacité à accéder à des services sociaux?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      f. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, votre capacité à accéder à des soins de santé?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      g. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, votre capacité à entreprendre ou à poursuivre des études?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      h. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, votre santé mentale, votre bien-être ou votre estime de vous-même?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      i. À main levée, croyez-vous que les médias d’information influencent, d’une façon ou d’une autre, la manière dont vous vous situez par rapport à votre communauté?
      i. Cela a-t-il pour vous un effet positif ou négatif?
      6. Pouvez-vous donner un exemple précis de la façon dont les médias d’information ont influencé votre vie, d’une ou de plusieurs des manières que nous venons d’évoquer?
      (D) Perceptions des changements dans la couverture médiatique depuis le meurtre de George Floyd
      7. Repensez aux reportages passés sur des personnes noires tuées par la police. Quels changements, s’il y en a, avez-vous observés dans la façon dont les journalistes couvraient les communautés noires après le meurtre de George Floyd?
      (E) Expériences avec les journalistes
      8. À main levée, avez-vous déjà été interviewé•e par un•e journaliste?
      a. Pour celles et ceux qui ont répondu oui, comment s’est déroulée cette expérience?
      9. À main levée, faites-vous confiance aux journalistes?
      a. Pourquoi ou pourquoi pas ? Veuillez préciser.
      (F) Effets d’une couverture médiatique plus équitable
      10. Supposons que nous vivions dans un monde où les médias d’information proposeraient des récits plus justes et plus représentatifs des communautés noires. En quelques mots, en quoi croyez-vous que votre vie serait différente?
      Citer

      APA 

      Martis, E. & aba Duncan, N. (2025). Reportage dans les communautés noires : Premiers constats tirés de groupes de discussion avec des personnes noires consommatrices d’information dans quatre villes canadiennes. Faits & frictions : Débats, pédagogies, et pratiques émergentes en journalisme contemporain, 5(1), 63-75. https://doi.org/10.22215/ff/v5.i1.06

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